Chapitre 1

Chapitre I

« Je hais les fantômes ! » Criai-je en abattant l’un d’entre eux, lui explosant une rune de foudre à la gueule.

Le job est simple, buter la colonie de fantômes dans ce taudis et me faire payer. Deux semaines de nourriture et d’eau comme d’habitude. Mais non, il a fallu que ce soit toute une bande de Poltergeist* qui m’assaille. Heureusement que je porte mes lunettes spéciales sinon je ne pourrais pas les voir, ces maudits suceurs de vie. J’aurais dû me méfier quand ces pouilleux du secteur 32-B d’Éden sont venus quémander mon aide. Tout ça pour qu’ils puissent investir les lieux et transformer cet endroit en un gigantesque squat. Je regarde combien de runes de foudre il me reste sur mes gants. Génial, quatre.

« Il ne peut pas y avoir autant de geist dans un seul endroit, c’est impossible. »

Mais qu’est-ce que je raconte ? Depuis la Grande Sélection, le monde est plein de ces bestioles et elles se comptent en milliards. Pourtant d’habitude les Poltergeist sont territoriales même avec les membres de leur espèce, je ne comprends pas comment j’ai pu passer la moitié de la journée à en tuer près d’une centaine. C’est bien ma chance que je ne puisse pas détruire le bâtiment, c’est stipulé dans le contrat. Yep, Sartre avait raison l’enfer c’est les autres. Les clients adorent mettre des conditions parfois impossibles à remplir, surtout quand ils pensent qu’une sorcière est capable de tout. Je regarde à ma montre modifiée s’il reste d’autres entités spirituelles, la grande aiguille est censée m’indiquer la direction où elles se trouvent s’il en reste une.

L’aiguille tourne en rond dans le cadran et finalement s’arrête, pointant devant une porte. Blanche et vraiment sale, elle semble sortir de ces gonds. La porte s’ouvre dans un grand « Slam » et je vois des bouts de miroirs super pointus qui foncent dans ma direction.

« Petit joueur. » Dis-je, amusée par la tentative.

Je sors une rune du son et la jette dans la direction des projectiles. Ceux-ci se brisent sous l’action de la magie et déclenche une onde de choc. C’est l’esprit d’un homme d’âge moyen qui vient de me faire ce coup-là. Les Poltergeist femelles sont plus rusées et dangereuses, plus à même de tendre des pièges. Je serre du poing mon gant et le dirige dans la direction du geist. La foudre le frappe dans son noyau spirituel et le dissout sous mes yeux. Je regarde mon détecte geist. Hmm. Rien, c’est enfin fini. Je déteste jouer les ghostbusters. Je me dirige vers l’entrée du manoir et juste devant la porte sur le sol marbré je grave un symbole qui empêchera à tout autre fantôme, Geist ou autres créatures du genre d’élire domicile. Des symboles de pouvoir comme celui-ci il en existe des milliers, ils sont souvent issus du latin ou du chinois. Les miens sont japonais quand il s’agit de jouer les Ghostbusters. L’onmyô*, est une des disciplines dans laquelle j’excelle ou du moins une qu’une de mes sœurs de cercle maîtrisait… Brrr, voilà pourquoi je déteste ce job, mais il me permet de survivre dans ce monde apocalyptique. Tout a changé quand un cercle de sorcière a décidé que l’âge d’or des Surnat devait revenir, elles ont commis l’irréparable et dans chaque région du monde ont lâché un virus thaumatologique* qui tentait de réveiller le gène de la magie, quelque chose dans l’ADN humain qui aide les sorciers, magiciens, et autres créatures en latence à se révéler. Ce qu’elles n’avaient pas prévu est la mutation de celui-ci qui a anéanti les normaux. Des fièvres, des saignements et la défaillance des organes vitaux c’est ce qui arrivait un peu partout. L’humain normal est une espèce en voie de disparition. C’est ce que tout le monde a appelé « La Grande Sélection ». L’économie mondiale s’est effondrée, il ne reste que deux milliards d’êtres sur la planète et… d’autres choses telles que des Vampires, des Lycans, des Fées ? Erk des allumeuses si vous voulez mon avis. Il y a tout un tas d’espèces différentes de Surnat (surnaturel, mais c’est pour faire court hein).

« Finis, il est temps d’empocher le pactole. » Dis-je en sortant de la bâtisse.

Quand je suis sortie, des gens se sont rassemblés tout autour de moi et je leur annonce que j’ai rempli ma part du contrat en faisant le signe de la victoire avec mes doigts. Ce job vaut bien plus que ce que je charge, mais j’aime aider les plus démunis qui sont souvent la proie d’entités surnaturelles. Que peut faire un clan de Lycans contre des entités immatérielles ? Il arrive des fois que mes clients essayent de me truander. Je réponds à ce genre de chose par la suivante : « Je ne prends plus de job dans leur secteur et les laisse se débrouiller avec leur problème ». Je ne suis pas comme les autres sorcières qui ont leur propre éthique, car je ne suis pas dans un cercle. Je suis mon propre cercle.

« Merci, merci, merci~ »

« On va pouvoir cesser de dormir dans des tentes ! »

« L’hiver est quasi là, merci. »

J’ai eu droit à toutes sortes de remerciements jusqu’à ce que le chef du clan soit face à moi. Je lui trouve un air penaud qui s’explique rapidement. Dites-moi pas qu’il oserait !

« Maîtresse Frost, vous nous avez rendu un grand service… en ce qui concerne le paiement… » Dit-il sans me regarder dans les yeux.

« Dites-moi que je ne suis pas venu travailler pour rien. Roirik, je ne mène pas une entreprise de bénévolat. Vous êtes conscient des règles que j’impose, si vous ne me rémunérez pas la prochaine fois que vous avez des problèmes je ne bougerai pas le petit doigt. » Ça aide que tous les cercles soient effrayé de venir dans mon « territoire ».

Je place mon détecte geist dans la poche frontale de ma salopette bleu de travail, mais comme je ne suis pas folle je ne retire pas mes gants runiques.

« Nous. Avions. Un. Marché. » Poignardais-je son torse velu de mon doigt ganté.

Le pauvre homme se mit à trembler, mon petit numéro avec la foudre n’a pas dû lui échapper apparemment.

« Maîtresse Frost, nous n’avons… que la moitié des vivres, mais si vous me laissez… du temps. Je suis sûr que je pourrais vous fournir le reste de ce dont nous avions convenu. »

Ouais bien sûr.

« Roirik, je ne suis pas la mafia. Je serais avec la bande de Diego, il ferait un exemple. Vous le savez ? » Soupirais-je.

*Et c’est exactement la raison pour laquelle ils ont fait appel à toi.* qu’est-ce que je peux être conne des fois.

Je regarde autour de moi chaque personne, homme et femme, enfant. Il y a un ratio d’enfants plus élevé que d’adultes ce ne doit pas être facile. Beaucoup de visages émaciés me regardent. Ils ont dû chasser toutes les proies du coin, encore heureux qu’ils n’attaquent pas d’humains. Mon regard fut attiré par une petite fille assise contre un tronc d’arbre. Tient, la couleur de son aura n’est pas verte comme celle des Lycans, qu’est-ce qu’elle fait ici alors ? Chaque espèce de Surnat à une aura différente verte pour les Lycans, rouge pour les Vampires, argentés pour les Fées ou Fae (qui se subdivisent en un tas d’espèces et je ne suis pas d’humeur à donner un cours), les humains ont une aura bleutée et les gens comme moi ont une aura bleue dorée, comme cette petite fille. Le chef Roirik suit mon regard.

« Qui est-ce ? » Dis-je en pointant la gamine du doigt.

« Oh c’est une gamine qu’on a ramassé dans les bois il y a une semaine, elle est un peu… attardée. Elle passe son temps à regarder en l’air sans rien faire de la journée. On ne sait pas quoi faire d’elle, aucun adulte ne veut vraiment s’en occuper. » Vu la façon dont le chef parle d’elle, elle pourrait tout à fait faire partie du décor.

Connaissant les Lycans elle pourrait finir abandonnée de nouveau ou en… ration de secours. Je soupire et me dirige vers la gamine. Elle ne me remarque même pas. Je pose mes mains sur elle et commence à l’observer. Elle est brune, les yeux bleus comme les miens et fait un mètre vingt, elle doit avoir huit ou dix ans tout au plus. Elle a un beau visage, bien que celui-ci soit couvert de crasse. Je remarque la rune tracée au couteau sur sa tempe, la pauvre enfant a dû souffrir. Je me demande pourquoi quelqu’un s’est donné autant de mal pour sceller la psyché d’une petite fille. La rune de l’oubli et de la perte, pas étonnant que la gamine ne soit qu’une coquille vide. Je me tourne vers Roirik.

« Je vais prendre la semaine de vivres et cette fille en compensation. » Déclarais-je.

Je le vois qui est sur le point de vouloir négocier. Me saisissant de mon pistolet à ma ceinture, il finit par comprendre que ce n’était pas une demande ou un point à discuter.

« Il en sera ainsi, Maîtresse. » Roirik dit.

Mais avant qu’il ne se retourne, je tire une balle dans la tête de la gamine, ce qui étonna tout le monde. Je la charge sur mon épaule et me dirige vers ma voiture, un SUV que j’ai reçu en paiement pour un job assez dangereux. Tous ceux qui étaient venus me remercier s’écartent de mon chemin, j’adore l’effet méchante sorcière. Une petite vieille vient me barrer le chemin, le regard plein de reproches.

« Elle n’est pas morte, c’était juste une balle de soins. » Je lui montre le visage de la gamine.

La vieille la touche et vérifie son pouls, puis sa respiration. Elle parut sceptique un moment, mais qu’est-ce qu’elle y connaît à la magie ? Les gueux enfin rassurés par le soupir positif de la vieille me laissent passer. Je place la gamine sur la banquette arrière et lui mets sa ceinture. Ensuite le chef revient avec les vivres et les places à l’arrière du véhicule dans le coffre. Je vérifie la marchandise : vingt litres d’eau, des boîtes de conserve à base de viande, de poutine, de légume et de fruits. Ah et oh miracle du sirop d’érable en quantité. J’espère ne pas avoir pris tout ce qu’ils possédaient. Je grimpe dans la voiture, coté conducteur et met ma ceinture. Une dernière bonne action avant de partir.

« Roirik, plantez ces graines dans les bois. Elles attireront des proies tout le long de l’hiver. Je ne serais pas étonnée que des Orignaux se perdent et se trouvent dans nos bois. » Lui dis-je avec un sourire.

Il me prit le sac de graines des mains comme si sa vie en dépendait. Je lui fais un signe d’au revoir et je démarre sur les chapeaux de roue, allume le lecteur MP3 et me met à chanter sur une chanson d’Évanescence « Bring me to life » dommage qu’Amy n’ait pas survécu à la Sélection. Cela me rend triste.

Je suis déjà sur la sortie du bois et sur le point de passer le lycée. Un gémissement à l’arrière m’indique que la gamine se réveille. J’arrête la voiture sur le côté de la route et observe la fillette. Quand elle ouvre les yeux, je comprend quelle a été mon erreur. Une saloperie de piège. Trop tard elle vient de s’imprégner de moi, j’avais bien dit que je ne voulais pas former de cercle ! Mais ces sales harpies viennent de me forcer. C’est connu pourtant, les cercles se débarrassent des progénitures avec un faible potentiel magique, mais elles ne sont pas cruelles, si jamais la personne qui passe par la quand ils abandonnent une enfant est une sorcière… il y a un sort appeler Imprinting qui ajoute à un autre cercle la fille d’une autre. C’est un autre moyen de forcer la parenté entre les cercles. Super. Et c’est encore pire que je le croyais.

« Maman ? »

C’est le putain de syndrome du poussin qui sort de l’œuf. Sûrement une tentative pour m’affaiblir… et moi qui pensait faire une bonne action et lui trouver une famille quand je l’aurais libérée du sort. Ce doit être un coup de cette vieille carne de Matilda.

« Je… » J’aurais beau nier que je ne suis pas sa mère, elle continuera à me considérer comme telle. « Oui c’est maman. » Dis-je sans vouloir croire que je me sois fait plumée.

Le sourire de la petite est désarmant. « Je ne me rappelle de rien et j’ai mal à la tête. Mais je sais que tu es ma maman. »

« Tu es tombée contre un arbre, un gros coup sur la tête… » Merde.

Et dire que le seul moyen de me débarrasser d’elle serait de la tuer. Je ne fais pas dans l’infanticide, et je n’ai pas le cœur à l’abandonner à nouveau et de refaire cet enchantement d’oubli et de perte. J’en connais qui vont rire quand ils me verront avec elle.

Elle me tendit la main, et d’une main tremblante je la pris dans la mienne. Apparemment Imprinting va dans les deux sens, saloperie de sort. Cela devrait être interdit. J’espère pour les Lycans qu’ils n’ont pas participé à ce piège.

« Maman, comment je m’appelle ? Je ne me rappelle plus de mon prénom, ni de mon nom de famille… de rien en fait. » Elle semble effrayée.

Et je la comprends, elle s’est réveillée sans souvenirs de qui elle était, ni d’où elle venait. Je me creuse les méninges à la vitesse de la lumière et pour que cela paraisse naturel je lui souris. Je vais la considérer comme un chiot que je viens d’adopter, c’est le mieux que je puisse faire…

« Revive, Revive Frost. » Lui répondis-je et je me désigne. « Je suis Emily, tu ne te souviens pas ? Au moins…, tu sais qui est ta maman. » Je me dégoûte, c’est digne d’une putain de soap opéra.

« Tu m’as donné un nom bizarre. » Elle a l’air étonné.

« Nous les Frost on a toujours été bizarres. »

Dieu merci, j’ai toujours la chambre d’enfant avec les fringues que j’avais à son âge à la maison. Je n’ai pas bougé de la propriété de mon ancien Cercle depuis l’accident qui m’a transformée en ma one woman army. Et voilà que j’ai un parasite qui siphonne un peu de ma magie. J’espère ne pas trouver d’autres petites filles égarées dans les mois à venir… Je n’ai pas l’intention d’ouvrir un orphelinat.

Nous reprenons la route, mais Revive se sent plus à l’aise sur le siège  à l’avant où elle peut me dévisager comme si j’étais le truc le plus cool du monde. Ce qui est peut-être vrai. Comment vais-je  expliquer ça à mes amis ? Je suis blonde, fait  un mètre soixante-dix-huit, personne ne croira qu’on soit mère et fille. Notre seul point commun sont nos yeux bleus. Je me concentre sur la route et tourne vers la prochaine sortie, puis sors la rune clé qui ouvrira le portail de la barrière magique autour de ma propriété. L’une des défenses de mon ancien cercle qui protégeait notre lieu de vie. Je regarde dans le rétroviseur, le portail s’est bien refermé. Un chemin de terre bien entretenu nous entraîne jusqu’à la maison principale.

Éden était connu autrefois pour ses lacs et un bon nombre de touristes venaient y séjourner l’été. Bien des grosses pointures possédaient des manoirs aux alentours de la région, cependant les Poltergeist, fantômes et autres créatures folkloriques rendent le voyage entre villes et états dangereux (seuls les organismes gouvernementaux et d’entreprises privées se permettent de voyager). Les propriétaires n’ont sûrement pas envie que des gens inconnus investissent leur demeure également. Ils n’ont qu’à faire le voyage, ah !

C’est un manoir qui date du dix-neuvième siècle qui a été restauré dix ans avant la grande Sélection. Il fait un peu vieillot, mais il a abrité des générations de la famille Frost avant l’accident qui a fait de moi la seule survivante d’une puissante lignée. Il y a une vingtaine de chambres, une piscine intérieure que j’ai faite vider, car je n’ai pas les moyens de l’entretenir, trois cuisines dont deux sont réservées pour l’alchimie et l’art de la potion, une bibliothèque extensive possédant en son sein une bonne centaine de grimoires blanc, gris et noirs (tenus sous clé). Si la barrière existe, c’est davantage pour les grimoires que pour ma sécurité, c’est aussi à cause d’eux que Matilda et un certain nombre de sorcières veulent rejoindre mon cercle. Mais je les garde jalousement, c’est un trésor familial et mon devoir de les protéger. La petite fille regarde le manoir comme fascinée, après tout c’est la première fois qu’elle y met les pieds. J’arrête le SUV devant les marches qui mènent à l’entrée principale qui se trouve dans la cour. Un jardin de rose entourant une fontaine qui ne fonctionne plus depuis que l’eau courante a cessé d’être envoyée dans la région. Le cartel de Diego, un Vampire qui se prend pour le parrain, a la main mise sur la station d’épuration et de distribution du coin.

Je me tourne vers Revive et décide quel sera son petit nom, le temps que je trouve un sort qui lui rendra la mémoire et me dira à quel cercle elle appartenait avant. Je ne compte pas faire la maman longtemps et suis sûre de trouver une solution.

« Rev, on est arrivées à la maison, ne t’en fais pas pour ta perte de mémoire. Maman va trouver une solution, je suis douée en magie de soins. » Je pose ma main sur son bras et lui fait un sourire que j’espère rassurant. « Descend de la voiture. »

Revive, me regarde pendant encore de longues secondes et obtempère en débouclant sa ceinture et en ouvrant la porte de son côté du véhicule. Brave petite fille.

***

(Revive)

Wow ! C’est une grande maison. Je ne pensais pas que ma famille était si riche vu mes fringues et comme je suis sale, mais apparemment c’est le cas.  J’entre dans le hall et je vois une déco bizarre à base de trucs colorés dont je ne connais pas le nom, des vases bizarrement formés et des tableaux de gens dont je ne me souviens plus, peut-être des aïeux. Un grand escalier me signale qu’il y a encore deux étages. Je me tourne vers ma « mère », je sais que c’est elle tout au fond de moi-même. Je passe ma main dans la sienne et la sens qui se fige puis finalement se détend.

« Je vais te faire faire le tour de la maison, tu ne dois plus te souvenir où tout se trouve. Ensuite tu vas rester un petit moment dans la pièce à potion et on verra ce qu’on peut faire pour tes problèmes de mémoire. » Maman dit ça avec conviction, comme si elle ne pouvait pas échouer.

J’ai envie de la croire, mais c’est difficile. Ce n’est pas comme si je pouvais me rappeler de trucs ici et là. C’est plus comme si je m’étais réveillée d’un long rêve dont je ne peux pas me rappeler, tout est nouveau pour moi. Sauf ma mère que je commence à apprécier de plus en plus. Elle est belle, grande et je suis jalouse qu’elle ait les cheveux aussi blonds. Ils sont presque blancs. Elle a des yeux bleus cristal qui sont tantôt froids, incertains ou gênés quand elle me regarde. Elle me caresse la main de son pouce, un geste que je trouve réconfortant et affectueux.

« D’accord. » Dis-je en souriant et en serrant sa main fort avant de relâcher prise.

Elle me montra les cuisines, la normale, où elle me montre un tour, elle téléporte de la nourriture sur l’îlot central. Nous rangeons dans le frigo les bidons d’eau et dans un autre les légumes et les fruits, puis dans les placards nous trions les boîtes de conserve par contenants. Maman me fait un sourire comme si elle appréciait l’aide que je lui apporte. Un étrange sentiment de satisfaction m’emplit. J’aime me rendre utile. Maman me montre les différents couloirs qui mènent au centre du manoir, là où se trouve la grande bibliothèque.

« Rev, je vais te le rappeler. Mais il t’est interdit de te rendre dans la Bibliothèque sans moi, il y a en son sein des Ouvrages dangereux. Tu as beau être de la famille, certains des livres possèdent une magie et une intelligence propre. » Elle m’explique avec sérieux.

« Je suis une sorcière aussi ? » Demandais-je avec espoir.

« Oui. J’espère que tu vas te rappeler de tout ce que tu savais à l’origine. Sinon je vais devoir refaire ton éducation. » Elle a appuyé le dernier mot et des frissons me parcourent le corps.

Elle me guide par la main à la prochaine salle, là où se trouve une piscine vidée de son eau. Je trouve cela bien dommage. Ensuite nous passons à ma chambre, tout est blanc et rose à l’intérieur et très bien rangé. Je sens comme une sensation chaude à l’arrière de mon cou. Du coin de l’œil je vois ma mère qui fait un geste et la sensation s’apaise soudainement. Bizarre. Je me met au centre de ma chambre, fais un tour sur moi-même et essaye de me souvenir de ce que j’y faisais. Rien. Je me dirige vers l’armoire à vêtements. Toujours rien. Même les trucs mignons ne me rappellent rien. Il y a un ordinateur et un tas de livres dans la petite bibliothèque. Des trucs qui cause de magie, Thaumatologie 101, la petite sirène, guide de potions pour débutant et Percy Jackson le voleur de foudre. Je ne me rappelle pas avoir lu ces bouquins. Et pourtant, ils m’apparaissent utilisés. Je me tourne vers maman qui me regarde avec un petit quelque chose que je prends pour de l’espoir.

« Je… rien de tout ça ne me rappelle rien. » Dis-je.

Ma voix s’est cassée sans vraiment m’y attendre, maman s’agenouille devant moi et me serre fort dans ses bras. Nous restons un bon moment comme ça. Je ne sais pas ce qui me prends, mais des larmes coulent et je me mets à pleurer. Maman me caresse les cheveux.

« Tout ira bien, je… on va régler tout ça, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. »

Je me calme et lui fait un baiser sur la joue pour la remercier de son soutien. Elle est chaude et sent la fleur, je ne me suis jamais sentie aussi en sécurité. Mais je sens une hésitation, dans ce qu’elle me dit ou dans la façon dont elle agit.

« Je t’aime maman. » Lui dis-je.

Je la sens frissonner et se figer encore comme tout à l’heure. Elle me serre encore plus fort dans ses bras. Je devais être une peste qui ne devait pas le lui dire souvent si elle réagit de cette façon à chaque fois. Je me suis promis d’être une bonne fille à ce moment-là.

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