Chapitre 2

Chapitre II

« Restitutio. » Murmurais-je, la potion a eu une réaction chimique et a émit une fumée blanche qui me signale qu’elle est parfaite.

La mixture jaune est un composé de fleurs qu’on ne trouve que sur le plan dimensionnel des elfes et coute assez cher pour s’en procurer. Le Lys d’Ilrune est censé posséder des qualités régénératives et l’orchidée noire permet de briser un enchantement qui altère la mémoire. J’y ai aussi placé d’autres plantes ayant le même effet que l’orchidée tout en vérifiant qu’elles ne créent pas d’effets secondaires ou ne transforme pas la potion en un poison tout simplement. Revive me regarde avec curiosité.

Pour ne pas l’effrayer avec toute cette magie, j’ai décidé de transformer cette petite séance de potion en show à la Harry Potter. Elle a bien rit quand j’ai fait exprès de me faire exploser à la face la potion pendant le processus de fabrication. Les traces de suie sur mon visage en sont la preuve. L’évasion, il n’y a que ça de mieux pour ne plus penser aux problèmes, mais cela ne fonctionne que pendant un temps. La petite se trouve du côté de l’îlot central sur un tabouret. Je prends un verre du buffet vitré et le remplis de la potion que je viens de créer. Je tends la mixture à Revive.

Elle la prend sans hésiter et la boit cul sec, Dieu merci j’ai testé la potion avant de la lui servir. Ce témoignage de confiance ou plutôt de naïveté me touche. J’attends avec impatience qu’elle me dise ce qu’elle ressent, si la potion fait effet.

« C’est horrible comme goût ! » Déclare-t-elle.

« Les bons médicaments ont toujours un goût terrible. » Riais-je. « Rien n’a changé ? » Dis-je avec espoir.

Elle secoua la tête.

« Peut-être que… c’est un effet avec un délai ? C’est la potion la plus puissante du grimoire de ma mère et les autres ne remplissent pas les conditions de ton problème. Peut-être… qu’avec du temps… » Pourquoi je me mens comme ça ? Les sorts d’oubli font toujours table rase et doublé par un sort de perte, ses souvenirs sont perdus à jamais.

Revive fait le tour de l’îlot pour me faire un câlin, elle a dû voir la détresse dans laquelle je suis. Je ne le mérite pas, je suis une menteuse, mais elle ne doit pas savoir que je l’ai trouvée dans un camp de Lycan, que je ne suis pas sa mère, et qu’elle a été abandonnée comme un vieux sac de linge sale, cela détruirait les repères qu’elle venait de se construire. Mais j’ai peur, peur des responsabilités qu’elle apporte et je crois aussi que ce foutu sort d’imprégnation agit dans les deux sens, je ressens des trucs pour cette gamine. Une irrémédiable envie de la protéger, de l’aimer. Je ne deal pas dans les sentiments pour autrui d’habitude et je ne pensais pas avoir l’instinct maternel. La seule personne pour laquelle je ressens quelque chose est une fée qui m’a plaquée hier. J’ai pris le job que Roirik m’a proposé pour oublier mon problème avec Daiane.

« On peut tout recommencer, même si ça ne marche pas ? » Hésitait la petite.

Cette phrase me laisse dos au mur. Je veux qu’elle retrouve la mémoire, comme ça je trouverais celle qui l’a abandonnée et… quoi ? Si sa mère l’a abandonnée une fois, elle recommencera. Que je le veuille ou non, je suis coincée avec elle. Revive fait désormais partie de mon cercle, saloperie de sort qui parasite ma magie.

« On verra. » Dis-je incertaine.

Il va falloir que je la forme également, j’ai remarqué qu’elle aime se rendre utile et m’aider… c’est bien d’avoir quelqu’un aussi ici et elle est très curieuse. La sonnette de la porte d’entrée retentit, cela ne peut être qu’une seule personne et si ce n’est pas le cas… Heureusement que j’ai toujours mon pistolet dans mon holster de cuisse.

« Reste ici, Rev. Maman va aller voir qui c’est. »

« OK. » Ce fut dit si laconiquement que je m’inquiète.

Le temps de faire le chemin du couloir au hall d’entrée, je sors mon arme de son étui, enlève la sécurité et regarde par l’œillet de la porte en chêne. Juste derrière, une blonde avec des mèches bleues parsemant sa chevelure, l’un des signes de la génétique Fae, des yeux bleus et un corps de Déesse mis en valeur par une mini-jupe, un corset bleu ciel et des bottines assorties. Daiane, ma petite amie (?) entre en scène.

***

(Daiane)

Nous nous sommes séparées sur un coup de tête, une broutille. Sérieusement. Moi et ma grande bouche… Et maintenant me revoilà revenant vers elle la queue entre les jambes (figurativement parlant bien entendu). Je me suis téléportée dans sa propriété assez facilement, Emily n’a pas enlevé ma signature magique sinon j’aurais rebondit sur la barrière arcane entourant sa propriété. Elle n’a pas dû avoir le temps de l’enlever ou peut-être veut elle me laisser passer, c’est un bon signe, m’aurait-elle pardonnée ? La lourde porte en chêne s’ouvre avec un grincement et de l’autre côté la femme qui a volé mon cœur et transformée en masse salivante par sa beauté plantureuse et son caractère volcanique apparaît et le fait qu’elle soit couverte de suie ne change rien. Il y a aussi le fait qu’Emily soit complètement imprévisible, il ne faut jamais prendre pour acquis le fait de la connaître depuis longtemps. Ses yeux bleus cristal se posèrent sur moi, les jolis traits de son visage exprimèrent son déplaisir.

« Hey… » Tentais-je.

Mais Emily m’attira à l’intérieur en attrapant l’un de mes bras, ferma la porte et m’épingla contre la porte close.

« Qu’est-ce que tu viens faire ici, Daiane ? » Dit-elle.

Est-ce du dégoût que j’entends dans sa voix ? Est-ce que je suis venue ici pour rien ? Me hait-elle à ce point, maintenant ?

« J…je suis venue parce qu’il faut qu’on parle, je t’ai dit des choses vraiment horribles et je le regrette. » Ma vue commença à se troubler. Pitié, faites que je ne me mette pas à pleurer.

Emily ferma les yeux et poussa un soupir, puis les rouvrit pour les poser droit dans les miens. Elle posa son index contre mon menton et le caressa pour finalement poser une main contre ma joue. Malgré moi, je me mis à apprécier le geste et la chaleur de la magie qui circule en elle comme un courant à haute tension. C’est aussi ce que j’aime chez elle, le pouvoir qu’Emily possède est comme de la putain d’herbe à chat pour les Fae pure souche.

« Je t’ai déjà pardonnée. Et tu as raison, je peux être une vraie salope et une égoïste quand je m’y mets. Et puis je comprends si tu ne veux pas vivre avec moi pour l’instant, c’est ton droit… »

C’était la raison pour laquelle on s’est disputées, elle voulait qu’on emménage ensemble pour officialiser notre relation. Comme une idiote je me suis souciée du qu’en dira-t-on de ma famille qui pense qu’Emily n’est qu’une passade. Elle est dangereuse et humaine, c’est ce que mère lui reproche. Je pose mes lèvres sur les siennes pour la réduire au silence, tellement heureuse qu’elle veuille toujours de moi.

« J’ai changé d’avis, ça fait quoi ? Deux ans qu’on est ensemble autant officialiser les choses et tant pis si ma famille nous l’interdit, ce n’est pas comme s’ils en avaient quelque chose à faire de moi. Et… tu vas vivre longtemps, d’avantage qu’un humain normal à cause de~ » et ce fut à son tour de me faire la fermer, elle me roula une pelle qui se traduit par un : vire moi ces vêtements je vais te baiser à même le sol.

Je me perds dans l’instant présent, glorifiée dans les baisers de cette femme qui en fin de compte n’a rien d’humain. Ses mains parcourent ma chevelure et elle se colle à moi comme si elle voulait que l’on fusionne, que l’on fasse partie d’un tout.

« Maman ? » Entendis-je une voix enfantine prononcer.

Je stoppe net, il n’y a pas pire douche froide que se faire surprendre de cette façon et par une… petite fille ? Par les esprits qu’est-ce qu’une petite fille faisait chez Emily ? Je vois ma sorcière soupirer, mettre un sourire sur son visage pour couvrir son embarras et se retourner.

« Rev, je t’avais dit de rester dans la cuisine. » C’est la première fois que je la vois ne pas virer un gamin à coup de pied ou lui ordonner de faire quelque chose.

Et elle l’a appelée « Maman », je crois qu’il s’est passé des trucs pendant qu’on était en froid. J’attrape le bras de Emily et plonge dans ses souvenirs. Un truc que nous les (vraies) fées sommes capables de faire. Les différents évènements des deux derniers jours s’écoulent en moi et je vois enfin le problème. Pauvre Emily elle s’est faite avoir, et en beauté, il est clair que c’était un piège. Mais était-ce réellement un piège destiné à la parasiter avec une petite sorcière d’une lignée obscure ? Non, ce n’est pas aussi simple. Je décide de me prêter au jeu… mais est-ce que cela aura des conséquences ? Je suppose que oui. Emily est décidée à prendre ses responsabilités, certes imposées. Mais elle n’est pas du genre à envoyer une autre petite fille à la mort, après ce qu’elle a vécue avec sa propre famille. Inconsciemment je pense qu’elle fait de la projection sur la petite.

« Salut, Rev. Désolée que tu aies vue ça… mais tu sais combien j’aime ta mère. » Dis-je nonchalamment.

« J’ai perdu la mémoire, je ne vous reconnais pas. » Se fut dit avec amertume, on ne devrait pas entendre ce genre de ton dans la voix d’une fille aussi jeune.

Je pose les yeux sur Emily,  lui dit que j’avais compris tout ce qui se passait et que ça ne me plaisait pas. Mais que puis-je y faire, ce n’est pas comme si elle avait choisi de prendre la gamine d’elle-même.

« Rev, je vais essayer de voir si je peux faire remonter tes souvenirs avec mes pouvoirs. Mais tu vas devoir me faire confiance, rien ne t’arrivera… si tu ne résistes pas. » Je m’approche d’elle d’un pas décisif.

Revive regarde Emily pour avoir confirmation, celle-ci pose un regard incertain sur la petite fille. Elle acquiesce. Je prends le visage de la petite entre mes mains et remarque combien elle est jolie et timide.

« Emily est là avec nous, tu ne risques rien. Ta mère me fait confiance et autrefois, toi aussi. » Mentais-je.

Sans la prévenir, je plonge dans ses souvenirs, je vois en marche arrière tout ce qu’elle a vécu. Vois comment Emily agit avec elle et semble ne pas être dérangée par la situation, elle a toujours été une grande actrice. Je remonte dans le flux mémoriel et me heurte à un brouillard tellement dense qu’il me fait suffoquer. Je lâche la tête de Revive abruptement et recule sur les fesses face à elle sur le parquet.

« Wow. Je n’arrive pas à croire que ta mémoire soit comme ça. » Dis-je fascinée.

« Est-ce que tu as trouvé des souvenirs récupérables ? » Emily demanda sans espoir.

Je regarde Revive droit dans les yeux et réponds à sa mère adoptive.

« Non, c’est comme si elle était née il y a deux jours. Le brouillard entourant sa mémoire est si dense que je me perdrais si jamais j’y entre. » Déclarais-je.

Emily me lança un regard acéré, pour cause Revive se mit à pleurer. Autant qu’elle sache la vérité plutôt que de la lui cacher. Sa mère adoptive la prend dans ses bras et la petite s’accroche à elle comme à une bouée de sauvetage.

« Ce n’est pas grave, je suis là avec toi. Tant que tu es en vie, on aura d’autres souvenirs, d’accord ? Et on va être une famille comme avant toi, moi et Daiane. »

Je suis contente qu’elle m’inclut dans le lot, mais quand même… je n’espérais pas devenir maman en si peu de temps. OK je vis depuis une centaine d’année, mais quand même.

***

(Emily)

C’est la première fois que je me met à cuisiner quelque chose d’aussi complexe. Je sais suivre à la lettre une recette de potion et innover en mélangeant plusieurs ingrédients sans effets secondaires ou que la mixture devienne un composé toxique d’une quelconque nature. Mais faire des Pancakes me dépasse. J’en suis à mon troisième essai et je n’arrive pas a les faire cuire convenablement, quel genre de sortilège dois-je employer pour obtenir la technique des Pancakes parfaits ?

Pourquoi je fais des pancakes ? C’est à cause d’une petite fille qui ne m’apporte que des problèmes… Revive n’arrête pas de me suivre partout, de se faufiler dans mon lit la nuit et de me poser des questions tout le temps. Cela fait à peine trois jours qu’on est ensemble et elle prend déjà de plus en plus de place dans ma vie.

Les évènements des deux dernières nuits me reviennent de façon limpide.

Je n’ai jamais eu le sommeil lourd et je me posais encore des questions: est-ce que j’ai fait le bon choix en ce qui concerne la petite. J’ai remarqué combien elle est sensible à la magie et que j’ai peut-être fait une gaffe lorsque je lui ai montré sa chambre. Un jour ou l’autre elle se rendra compte que tout ce que je lui ai dit n’était que mensonge. Je me tournais sur le lit en baldaquin opposé à la porte d’entrée de ma chambre. J’entends la poignée de la porte tourner, la porte s’ouvre et les bruits de pas qui m’indique que quelqu’un vient d’entrer. Un poids se presse sur le matelas et je sens quelqu’un passer sous les couvertures. Des mains s’enroulent autour de moi et un petit corps se colle à moi.

 

Revive.

 

Je décide de ne plus bouger et de la laisser faire, a-t-elle besoin de réconfort ? D’être rassurée ? Tout ça en théorie. Mais ce n’est que temporaire me dis-je, si elle est la pour longtemps autant ne pas la gâter. Cependant, quand je l’entends supprimer ses propres sanglots je me retourne et la prends dans mes bras, lui caresse les cheveux, embrasse son front et la rassure en lui disant que tout ira bien.

Des bruits de pas me sortent de ma réminiscence, je suis surprise de voir Daiane, bagages en main qui me fait un grand sourire quand je me retourne. Elle lâche son fardeau et vient m’enlacer puis me donner un baiser.

« Je suis de retour ! Et pour de bon cette fois. » S’exclame-t-elle.

La petite Fée m’écrase un peu plus contre elle.

« Ma chérie ? » Dis-je, doucereusement.

« Oui, mon amour ? » Me répond-elle?

« Tu m’étouffes. »

Daiane relâche prise et murmure des excuses. Je l’examine plus attentivement, elle porte un bustier, une minijupe et des bottes vertes, les mèches de ces cheveux sont assorties à sa tenue, ainsi que sa manucure et ses bijoux. Ce qui me frappe le plus dans ce changement est son nucleus, là d’où elle tire toute sa magie. Presque épuisé. Je remarque enfin les signes de fatigue qu’elle essaie de me cacher.

« Ils t’ont bannie n’est-ce pas ? » Déduis-je des simples signes qui me font face.

Le sourire de Daiane s’effaçe.

« On ne peut rien te cacher. Oui, ma famille a préféré me couper du collectif, ils ont dit que c’était prendre un risque de me laisser avec toi capable de tout, genre tu pourrais influencer ou nous voler la source… Tu n’as pas bonne réputation ou du moins ta famille depuis… tu sais. » Argumente-t-elle.

Oui, depuis l’accident. Je lui tourne le dos et vais chercher l’une des dagues d’obsidienne servant pour les cérémonies de Walpurgis. La poignée en bois de Saul finement gravée par des runes celtiques est douce au touché quand je m’en saisi. Quand je me retourne je vois Daiane s’inquiéter.

« Tu sais… je ne leur en veux pas, il n’est pas nécessaire d’aller en faire toute une affaire. » Dit-elle, une mine inquiète sur son visage.

Elle croit que je vais aller régler le problème en allant me plaindre à sa famille, Daiane sait comment je me plains. Et ce doit aussi être mon visage qui exprime la colère bouillonnante que je ressens qui lui fait se méprendre sur mes actions. Ce que je m’apprête à faire est irrévocable. Est-ce que j’aime Daiane comme une amie ou… Je la regarde et me remémore tout ce qu’elle a fait pour moi. Elle m’a aidé lors de la perte de ma famille et lorsqu’on me jetait la faute quand tout partait en couille ? C’est elle qui m’a donné la force de vivre. A ce moment là quand je réalise, je met mes doutes au placard et trace une ligne sanglante sur la paume de ma main gauche. Daiane s’avance vers moi, horrifiée.

« Reste où tu es ! » Criais-je.

Elle se fige sur place. J’avance vers elle tout en entamant le chant qui me permettra de la lier à mon cercle, des paroles que je n’aurais jamais crû avoir à réciter un jour. Ô il y avait une autre solution, faire de Daiane mon familier. Mais je ne veux pas faire d’elle mon esclave, mais mon égale. Je l’aime et je ferais n’importe quoi pour elle. Comme l’accueillir dans ma famille et partager ma magie avec elle.

Daiane comprend enfin ce que je me prépare à faire et se fige de nouveau. Je lui tourne autour pour former un cercle sanglant. Mon sang s’égoutte avec lenteur.

Daiane Raina Narbrinil,

fille des Tuatha Dé Danann.

A partager, mon pouvoir

ma maison,

ma vie,

Je t’invite.

C’est un choix que je lui laisse, Daiane est surprise par ma décision, mais elle ne m’a pas déçue. La petite fée blonde me fait un sourire resplendissant, le genre de sourire qui m’est réservé après une nuit d’amour avec elle.

« J’accepte. » Dit-elle haut et fort en Elfique.

 

Par le nom d’Emily Amaurëa Frost

Descendante de Morgana

et Maîtresse du cercle d’Eden

J’accueil Daiane Raina Narbrinil.

 

Le cercle sanglant s’illumine d’une lueur rougeâtre, la lumière enveloppe les pieds de Daiane et remonte jusqu’à ses genoux, ses hanches, son cou et finalement sa tête. C’est tout à fait normal. La lueur commence à disparaître, non pas exactement, c’était comme si elle s’incrustait dans le corps de Daiane. Ma petite Fée se met à gémir de plaisir.

« C’est comme le sexe. » Dit-elle à bout de souffle.

Les yeux de ma petite Fée s’illuminent d’une lueur bleutée. Je regarde en profondeur le corps de Daiane par le biais de ma vue magique. Son Nucleus est en train de se remplir de ma magie. Quand je remarque qu’il est plein, je ne suis pas étonnée des effets secondaires. Daiane s’écroule, saoule de la surdose de magie qui s’écoule en elle. Des arcs de magie s’échappent d’elle et activent momentanément l’éclairage et l’électro ménager inactif de manière fluctuante. C’est à cause de la pureté de la Mana dans mon sang, pure et puissante. J’ai dû m’y habituer au début quand je suis devenue mon propre cercle, imaginer être dans cet état d’euphorie et d’extase 24 heure sur 24.

Avant de faire quoi que se soit je me concentre sur ma blessure et prononce le mot magique « sana« , simple et rapide c’est un sort de soin qu’on apprend lors de la formation de sorcière. Le sang cesse de couler, ensuite la plaie se referme sans laisser de cicatrice. Je remue mes doigts et test ma main. Parfait. Ensuite j’exerce ma volonté sur le sang qui entoure Daiane et le fait s’évaporer. Je m’agenouille aux côtés de la Fée et l’ausculte. Toujours dans le même état. Je distribue la magie dans son nucleus dans tout son corps comme elle l’aurait fait par elle même. C’est une affaire de volonté et de connaissance, de connaître les points de Chakra d’une forme de vie et d’apposer la pression embuée de magie sur ceux-ci. Imaginer un circuit électrique où chaque chemin achemine l’électricité à un transistor ou une puce électronique. C’est comme ça que les méridiens et les points de chakra relient notre moi spirituel à l’enveloppe corporelle et permettent à une entité de faire de la magie et de la stocker. Un point de Chakra est aussi relié à un organe dans le corps, la mana ou essence magique doit circuler dans le corps complètement, si ce n’est pas le cas des situations comme celle de Daiane arrivent ou pire… cela peut déclencher un empoisonnement et détériorer le corps. Je connais bien les méridiens et la physionomie de Daiane, je les ai étudiés depuis qu’on se connaît de façon… intime. J’ai pu voir la Mana circuler dans chacun des méridiens du corps de la petite Fée.

« Maman ? »

J’étais tellement concentrée sur Daiane que je n’ai pas entendu Rev arriver. Elle a du ressentir une perturbation dans la force… Ha, ha je me fais rire moi-même. Sérieusement, elle a dû ressentir la nouvelle addition du cercle.

« Bonjour, Rev. Daiane s’est évanouie quand je l’ai ajoutée à la famille. Et comme tu peux le voir elle subit les effets d’une surdose de magie. » Lui expliquais-je.

Revive regarde autour d’elle les effets de la magie qui font déconner l’électroménager. Elle est encore en pyjama, il est rose avec des cœurs un peu partout dessinés dessus. J’ai altéré la couleur brune de ses cheveux en blond et elle a aimé, c’est à cause de Daiane. On s’était amusées à se peindre les ongles, mais je remarque que le vernis à ongle bleu commence à s’écailler des ongles de ses mains.

« Comment je peux t’aider ? » Demande Rev.

Je la regarde, surprise qu’elle souhaite mettre la main à la pâte. D’habitude les enfants paniquent dans ce genre de situation.

« Va me chercher une feuille de menthe dans le bocal qui se trouve dans le placard sous l’îlot de cuisine. Tu ne peux pas le rater. »

Revive partit en quête de la feuille, tandis que je redresse Daiane, j’entends l’enfant farfouiller sous l’îlot. Je me mets à caresser la tête de la petite Fée. Nous n’avons pas toujours été bonnes amies elle et moi. Durant nos années de lycée, nous étions ennemies. Toujours à se chercher des crosses et à humilier l’autre. Un scénario à la 90210 Beverly Hills (j’adorais cette série tv) si vous voulez mon avis, mais assez récurrent dans ce pays. Je continue la tâche de distribuer la mana dans chaque méridiens du corps de Daiane. La petite fille revient vers moi et me tend le bocal de feuille de menthe. Je la regarde avec dérision.

« Ouvre le bocal,  prend une feuille de menthe en main et prononce ‘sonata’ en te concentrant très fort  en laissant la magie circuler dans tes doigts. Comme je t’ai montré avec le sort pour nettoyer les tâches sur tes vêtements, hier. »

Rev s’exécute, une fumée verdâtre apparait au fur et à mesure que la feuille de menthe se dégradait progressivement par la mana de la jeune fille. L’effluve dégagée par la feuille est puissante, assez pour sortir Daiane de l’inconscience. Les yeux de la Fée papillonnent et son regard se pose sur Rev ensuite sur moi.

« J’aurais préféré un baiser pour me réveiller. » Dit-elle en souriant. « Ouch. »

Daiane porte une main à son front, apparemment elle a une migraine. Une surdose de Mana peut avoir le même effet qu’une gueule de bois au réveil. Ma Fée essaye de se relever, je l’aide à tenir debout en soutenant son poids. Je ne suis pas étonnée que Daiane en profite pour laisser sa main errer sur mon postérieur et ma hanche. J’incante un Restitutio en pensée sur ma Fée qui tourne la tête pour me faire un sourire plein de gratitude. La migraine qui l’accablait s’est évaporée.

Je suis contente, tout semble aller dans mon sens récemment, bien entendu je ne pensais pas que j’aurais à recueillir une petite sorcière amnésique pour que Daiane fasse enfin partie de ma vie.

Mais alors pourquoi ce mauvais pressentiment surgit tout à coup ?

Chapitre 1

Chapitre I

« Je hais les fantômes ! » Criai-je en abattant l’un d’entre eux, lui explosant une rune de foudre à la gueule.

Le job est simple, buter la colonie de fantômes dans ce taudis et me faire payer. Deux semaines de nourriture et d’eau comme d’habitude. Mais non, il a fallu que ce soit toute une bande de Poltergeist* qui m’assaille. Heureusement que je porte mes lunettes spéciales sinon je ne pourrais pas les voir, ces maudits suceurs de vie. J’aurais dû me méfier quand ces pouilleux du secteur 32-B d’Éden sont venus quémander mon aide. Tout ça pour qu’ils puissent investir les lieux et transformer cet endroit en un gigantesque squat. Je regarde combien de runes de foudre il me reste sur mes gants. Génial, quatre.

« Il ne peut pas y avoir autant de geist dans un seul endroit, c’est impossible. »

Mais qu’est-ce que je raconte ? Depuis la Grande Sélection, le monde est plein de ces bestioles et elles se comptent en milliards. Pourtant d’habitude les Poltergeist sont territoriales même avec les membres de leur espèce, je ne comprends pas comment j’ai pu passer la moitié de la journée à en tuer près d’une centaine. C’est bien ma chance que je ne puisse pas détruire le bâtiment, c’est stipulé dans le contrat. Yep, Sartre avait raison l’enfer c’est les autres. Les clients adorent mettre des conditions parfois impossibles à remplir, surtout quand ils pensent qu’une sorcière est capable de tout. Je regarde à ma montre modifiée s’il reste d’autres entités spirituelles, la grande aiguille est censée m’indiquer la direction où elles se trouvent s’il en reste une.

L’aiguille tourne en rond dans le cadran et finalement s’arrête, pointant devant une porte. Blanche et vraiment sale, elle semble sortir de ces gonds. La porte s’ouvre dans un grand « Slam » et je vois des bouts de miroirs super pointus qui foncent dans ma direction.

« Petit joueur. » Dis-je, amusée par la tentative.

Je sors une rune du son et la jette dans la direction des projectiles. Ceux-ci se brisent sous l’action de la magie et déclenche une onde de choc. C’est l’esprit d’un homme d’âge moyen qui vient de me faire ce coup-là. Les Poltergeist femelles sont plus rusées et dangereuses, plus à même de tendre des pièges. Je serre du poing mon gant et le dirige dans la direction du geist. La foudre le frappe dans son noyau spirituel et le dissout sous mes yeux. Je regarde mon détecte geist. Hmm. Rien, c’est enfin fini. Je déteste jouer les ghostbusters. Je me dirige vers l’entrée du manoir et juste devant la porte sur le sol marbré je grave un symbole qui empêchera à tout autre fantôme, Geist ou autres créatures du genre d’élire domicile. Des symboles de pouvoir comme celui-ci il en existe des milliers, ils sont souvent issus du latin ou du chinois. Les miens sont japonais quand il s’agit de jouer les Ghostbusters. L’onmyô*, est une des disciplines dans laquelle j’excelle ou du moins une qu’une de mes sœurs de cercle maîtrisait… Brrr, voilà pourquoi je déteste ce job, mais il me permet de survivre dans ce monde apocalyptique. Tout a changé quand un cercle de sorcière a décidé que l’âge d’or des Surnat devait revenir, elles ont commis l’irréparable et dans chaque région du monde ont lâché un virus thaumatologique* qui tentait de réveiller le gène de la magie, quelque chose dans l’ADN humain qui aide les sorciers, magiciens, et autres créatures en latence à se révéler. Ce qu’elles n’avaient pas prévu est la mutation de celui-ci qui a anéanti les normaux. Des fièvres, des saignements et la défaillance des organes vitaux c’est ce qui arrivait un peu partout. L’humain normal est une espèce en voie de disparition. C’est ce que tout le monde a appelé « La Grande Sélection ». L’économie mondiale s’est effondrée, il ne reste que deux milliards d’êtres sur la planète et… d’autres choses telles que des Vampires, des Lycans, des Fées ? Erk des allumeuses si vous voulez mon avis. Il y a tout un tas d’espèces différentes de Surnat (surnaturel, mais c’est pour faire court hein).

« Finis, il est temps d’empocher le pactole. » Dis-je en sortant de la bâtisse.

Quand je suis sortie, des gens se sont rassemblés tout autour de moi et je leur annonce que j’ai rempli ma part du contrat en faisant le signe de la victoire avec mes doigts. Ce job vaut bien plus que ce que je charge, mais j’aime aider les plus démunis qui sont souvent la proie d’entités surnaturelles. Que peut faire un clan de Lycans contre des entités immatérielles ? Il arrive des fois que mes clients essayent de me truander. Je réponds à ce genre de chose par la suivante : « Je ne prends plus de job dans leur secteur et les laisse se débrouiller avec leur problème ». Je ne suis pas comme les autres sorcières qui ont leur propre éthique, car je ne suis pas dans un cercle. Je suis mon propre cercle.

« Merci, merci, merci~ »

« On va pouvoir cesser de dormir dans des tentes ! »

« L’hiver est quasi là, merci. »

J’ai eu droit à toutes sortes de remerciements jusqu’à ce que le chef du clan soit face à moi. Je lui trouve un air penaud qui s’explique rapidement. Dites-moi pas qu’il oserait !

« Maîtresse Frost, vous nous avez rendu un grand service… en ce qui concerne le paiement… » Dit-il sans me regarder dans les yeux.

« Dites-moi que je ne suis pas venu travailler pour rien. Roirik, je ne mène pas une entreprise de bénévolat. Vous êtes conscient des règles que j’impose, si vous ne me rémunérez pas la prochaine fois que vous avez des problèmes je ne bougerai pas le petit doigt. » Ça aide que tous les cercles soient effrayé de venir dans mon « territoire ».

Je place mon détecte geist dans la poche frontale de ma salopette bleu de travail, mais comme je ne suis pas folle je ne retire pas mes gants runiques.

« Nous. Avions. Un. Marché. » Poignardais-je son torse velu de mon doigt ganté.

Le pauvre homme se mit à trembler, mon petit numéro avec la foudre n’a pas dû lui échapper apparemment.

« Maîtresse Frost, nous n’avons… que la moitié des vivres, mais si vous me laissez… du temps. Je suis sûr que je pourrais vous fournir le reste de ce dont nous avions convenu. »

Ouais bien sûr.

« Roirik, je ne suis pas la mafia. Je serais avec la bande de Diego, il ferait un exemple. Vous le savez ? » Soupirais-je.

*Et c’est exactement la raison pour laquelle ils ont fait appel à toi.* qu’est-ce que je peux être conne des fois.

Je regarde autour de moi chaque personne, homme et femme, enfant. Il y a un ratio d’enfants plus élevé que d’adultes ce ne doit pas être facile. Beaucoup de visages émaciés me regardent. Ils ont dû chasser toutes les proies du coin, encore heureux qu’ils n’attaquent pas d’humains. Mon regard fut attiré par une petite fille assise contre un tronc d’arbre. Tient, la couleur de son aura n’est pas verte comme celle des Lycans, qu’est-ce qu’elle fait ici alors ? Chaque espèce de Surnat à une aura différente verte pour les Lycans, rouge pour les Vampires, argentés pour les Fées ou Fae (qui se subdivisent en un tas d’espèces et je ne suis pas d’humeur à donner un cours), les humains ont une aura bleutée et les gens comme moi ont une aura bleue dorée, comme cette petite fille. Le chef Roirik suit mon regard.

« Qui est-ce ? » Dis-je en pointant la gamine du doigt.

« Oh c’est une gamine qu’on a ramassé dans les bois il y a une semaine, elle est un peu… attardée. Elle passe son temps à regarder en l’air sans rien faire de la journée. On ne sait pas quoi faire d’elle, aucun adulte ne veut vraiment s’en occuper. » Vu la façon dont le chef parle d’elle, elle pourrait tout à fait faire partie du décor.

Connaissant les Lycans elle pourrait finir abandonnée de nouveau ou en… ration de secours. Je soupire et me dirige vers la gamine. Elle ne me remarque même pas. Je pose mes mains sur elle et commence à l’observer. Elle est brune, les yeux bleus comme les miens et fait un mètre vingt, elle doit avoir huit ou dix ans tout au plus. Elle a un beau visage, bien que celui-ci soit couvert de crasse. Je remarque la rune tracée au couteau sur sa tempe, la pauvre enfant a dû souffrir. Je me demande pourquoi quelqu’un s’est donné autant de mal pour sceller la psyché d’une petite fille. La rune de l’oubli et de la perte, pas étonnant que la gamine ne soit qu’une coquille vide. Je me tourne vers Roirik.

« Je vais prendre la semaine de vivres et cette fille en compensation. » Déclarais-je.

Je le vois qui est sur le point de vouloir négocier. Me saisissant de mon pistolet à ma ceinture, il finit par comprendre que ce n’était pas une demande ou un point à discuter.

« Il en sera ainsi, Maîtresse. » Roirik dit.

Mais avant qu’il ne se retourne, je tire une balle dans la tête de la gamine, ce qui étonna tout le monde. Je la charge sur mon épaule et me dirige vers ma voiture, un SUV que j’ai reçu en paiement pour un job assez dangereux. Tous ceux qui étaient venus me remercier s’écartent de mon chemin, j’adore l’effet méchante sorcière. Une petite vieille vient me barrer le chemin, le regard plein de reproches.

« Elle n’est pas morte, c’était juste une balle de soins. » Je lui montre le visage de la gamine.

La vieille la touche et vérifie son pouls, puis sa respiration. Elle parut sceptique un moment, mais qu’est-ce qu’elle y connaît à la magie ? Les gueux enfin rassurés par le soupir positif de la vieille me laissent passer. Je place la gamine sur la banquette arrière et lui mets sa ceinture. Ensuite le chef revient avec les vivres et les places à l’arrière du véhicule dans le coffre. Je vérifie la marchandise : vingt litres d’eau, des boîtes de conserve à base de viande, de poutine, de légume et de fruits. Ah et oh miracle du sirop d’érable en quantité. J’espère ne pas avoir pris tout ce qu’ils possédaient. Je grimpe dans la voiture, coté conducteur et met ma ceinture. Une dernière bonne action avant de partir.

« Roirik, plantez ces graines dans les bois. Elles attireront des proies tout le long de l’hiver. Je ne serais pas étonnée que des Orignaux se perdent et se trouvent dans nos bois. » Lui dis-je avec un sourire.

Il me prit le sac de graines des mains comme si sa vie en dépendait. Je lui fais un signe d’au revoir et je démarre sur les chapeaux de roue, allume le lecteur MP3 et me met à chanter sur une chanson d’Évanescence « Bring me to life » dommage qu’Amy n’ait pas survécu à la Sélection. Cela me rend triste.

Je suis déjà sur la sortie du bois et sur le point de passer le lycée. Un gémissement à l’arrière m’indique que la gamine se réveille. J’arrête la voiture sur le côté de la route et observe la fillette. Quand elle ouvre les yeux, je comprend quelle a été mon erreur. Une saloperie de piège. Trop tard elle vient de s’imprégner de moi, j’avais bien dit que je ne voulais pas former de cercle ! Mais ces sales harpies viennent de me forcer. C’est connu pourtant, les cercles se débarrassent des progénitures avec un faible potentiel magique, mais elles ne sont pas cruelles, si jamais la personne qui passe par la quand ils abandonnent une enfant est une sorcière… il y a un sort appeler Imprinting qui ajoute à un autre cercle la fille d’une autre. C’est un autre moyen de forcer la parenté entre les cercles. Super. Et c’est encore pire que je le croyais.

« Maman ? »

C’est le putain de syndrome du poussin qui sort de l’œuf. Sûrement une tentative pour m’affaiblir… et moi qui pensait faire une bonne action et lui trouver une famille quand je l’aurais libérée du sort. Ce doit être un coup de cette vieille carne de Matilda.

« Je… » J’aurais beau nier que je ne suis pas sa mère, elle continuera à me considérer comme telle. « Oui c’est maman. » Dis-je sans vouloir croire que je me sois fait plumée.

Le sourire de la petite est désarmant. « Je ne me rappelle de rien et j’ai mal à la tête. Mais je sais que tu es ma maman. »

« Tu es tombée contre un arbre, un gros coup sur la tête… » Merde.

Et dire que le seul moyen de me débarrasser d’elle serait de la tuer. Je ne fais pas dans l’infanticide, et je n’ai pas le cœur à l’abandonner à nouveau et de refaire cet enchantement d’oubli et de perte. J’en connais qui vont rire quand ils me verront avec elle.

Elle me tendit la main, et d’une main tremblante je la pris dans la mienne. Apparemment Imprinting va dans les deux sens, saloperie de sort. Cela devrait être interdit. J’espère pour les Lycans qu’ils n’ont pas participé à ce piège.

« Maman, comment je m’appelle ? Je ne me rappelle plus de mon prénom, ni de mon nom de famille… de rien en fait. » Elle semble effrayée.

Et je la comprends, elle s’est réveillée sans souvenirs de qui elle était, ni d’où elle venait. Je me creuse les méninges à la vitesse de la lumière et pour que cela paraisse naturel je lui souris. Je vais la considérer comme un chiot que je viens d’adopter, c’est le mieux que je puisse faire…

« Revive, Revive Frost. » Lui répondis-je et je me désigne. « Je suis Emily, tu ne te souviens pas ? Au moins…, tu sais qui est ta maman. » Je me dégoûte, c’est digne d’une putain de soap opéra.

« Tu m’as donné un nom bizarre. » Elle a l’air étonné.

« Nous les Frost on a toujours été bizarres. »

Dieu merci, j’ai toujours la chambre d’enfant avec les fringues que j’avais à son âge à la maison. Je n’ai pas bougé de la propriété de mon ancien Cercle depuis l’accident qui m’a transformée en ma one woman army. Et voilà que j’ai un parasite qui siphonne un peu de ma magie. J’espère ne pas trouver d’autres petites filles égarées dans les mois à venir… Je n’ai pas l’intention d’ouvrir un orphelinat.

Nous reprenons la route, mais Revive se sent plus à l’aise sur le siège  à l’avant où elle peut me dévisager comme si j’étais le truc le plus cool du monde. Ce qui est peut-être vrai. Comment vais-je  expliquer ça à mes amis ? Je suis blonde, fait  un mètre soixante-dix-huit, personne ne croira qu’on soit mère et fille. Notre seul point commun sont nos yeux bleus. Je me concentre sur la route et tourne vers la prochaine sortie, puis sors la rune clé qui ouvrira le portail de la barrière magique autour de ma propriété. L’une des défenses de mon ancien cercle qui protégeait notre lieu de vie. Je regarde dans le rétroviseur, le portail s’est bien refermé. Un chemin de terre bien entretenu nous entraîne jusqu’à la maison principale.

Éden était connu autrefois pour ses lacs et un bon nombre de touristes venaient y séjourner l’été. Bien des grosses pointures possédaient des manoirs aux alentours de la région, cependant les Poltergeist, fantômes et autres créatures folkloriques rendent le voyage entre villes et états dangereux (seuls les organismes gouvernementaux et d’entreprises privées se permettent de voyager). Les propriétaires n’ont sûrement pas envie que des gens inconnus investissent leur demeure également. Ils n’ont qu’à faire le voyage, ah !

C’est un manoir qui date du dix-neuvième siècle qui a été restauré dix ans avant la grande Sélection. Il fait un peu vieillot, mais il a abrité des générations de la famille Frost avant l’accident qui a fait de moi la seule survivante d’une puissante lignée. Il y a une vingtaine de chambres, une piscine intérieure que j’ai faite vider, car je n’ai pas les moyens de l’entretenir, trois cuisines dont deux sont réservées pour l’alchimie et l’art de la potion, une bibliothèque extensive possédant en son sein une bonne centaine de grimoires blanc, gris et noirs (tenus sous clé). Si la barrière existe, c’est davantage pour les grimoires que pour ma sécurité, c’est aussi à cause d’eux que Matilda et un certain nombre de sorcières veulent rejoindre mon cercle. Mais je les garde jalousement, c’est un trésor familial et mon devoir de les protéger. La petite fille regarde le manoir comme fascinée, après tout c’est la première fois qu’elle y met les pieds. J’arrête le SUV devant les marches qui mènent à l’entrée principale qui se trouve dans la cour. Un jardin de rose entourant une fontaine qui ne fonctionne plus depuis que l’eau courante a cessé d’être envoyée dans la région. Le cartel de Diego, un Vampire qui se prend pour le parrain, a la main mise sur la station d’épuration et de distribution du coin.

Je me tourne vers Revive et décide quel sera son petit nom, le temps que je trouve un sort qui lui rendra la mémoire et me dira à quel cercle elle appartenait avant. Je ne compte pas faire la maman longtemps et suis sûre de trouver une solution.

« Rev, on est arrivées à la maison, ne t’en fais pas pour ta perte de mémoire. Maman va trouver une solution, je suis douée en magie de soins. » Je pose ma main sur son bras et lui fait un sourire que j’espère rassurant. « Descend de la voiture. »

Revive, me regarde pendant encore de longues secondes et obtempère en débouclant sa ceinture et en ouvrant la porte de son côté du véhicule. Brave petite fille.

***

(Revive)

Wow ! C’est une grande maison. Je ne pensais pas que ma famille était si riche vu mes fringues et comme je suis sale, mais apparemment c’est le cas.  J’entre dans le hall et je vois une déco bizarre à base de trucs colorés dont je ne connais pas le nom, des vases bizarrement formés et des tableaux de gens dont je ne me souviens plus, peut-être des aïeux. Un grand escalier me signale qu’il y a encore deux étages. Je me tourne vers ma « mère », je sais que c’est elle tout au fond de moi-même. Je passe ma main dans la sienne et la sens qui se fige puis finalement se détend.

« Je vais te faire faire le tour de la maison, tu ne dois plus te souvenir où tout se trouve. Ensuite tu vas rester un petit moment dans la pièce à potion et on verra ce qu’on peut faire pour tes problèmes de mémoire. » Maman dit ça avec conviction, comme si elle ne pouvait pas échouer.

J’ai envie de la croire, mais c’est difficile. Ce n’est pas comme si je pouvais me rappeler de trucs ici et là. C’est plus comme si je m’étais réveillée d’un long rêve dont je ne peux pas me rappeler, tout est nouveau pour moi. Sauf ma mère que je commence à apprécier de plus en plus. Elle est belle, grande et je suis jalouse qu’elle ait les cheveux aussi blonds. Ils sont presque blancs. Elle a des yeux bleus cristal qui sont tantôt froids, incertains ou gênés quand elle me regarde. Elle me caresse la main de son pouce, un geste que je trouve réconfortant et affectueux.

« D’accord. » Dis-je en souriant et en serrant sa main fort avant de relâcher prise.

Elle me montra les cuisines, la normale, où elle me montre un tour, elle téléporte de la nourriture sur l’îlot central. Nous rangeons dans le frigo les bidons d’eau et dans un autre les légumes et les fruits, puis dans les placards nous trions les boîtes de conserve par contenants. Maman me fait un sourire comme si elle appréciait l’aide que je lui apporte. Un étrange sentiment de satisfaction m’emplit. J’aime me rendre utile. Maman me montre les différents couloirs qui mènent au centre du manoir, là où se trouve la grande bibliothèque.

« Rev, je vais te le rappeler. Mais il t’est interdit de te rendre dans la Bibliothèque sans moi, il y a en son sein des Ouvrages dangereux. Tu as beau être de la famille, certains des livres possèdent une magie et une intelligence propre. » Elle m’explique avec sérieux.

« Je suis une sorcière aussi ? » Demandais-je avec espoir.

« Oui. J’espère que tu vas te rappeler de tout ce que tu savais à l’origine. Sinon je vais devoir refaire ton éducation. » Elle a appuyé le dernier mot et des frissons me parcourent le corps.

Elle me guide par la main à la prochaine salle, là où se trouve une piscine vidée de son eau. Je trouve cela bien dommage. Ensuite nous passons à ma chambre, tout est blanc et rose à l’intérieur et très bien rangé. Je sens comme une sensation chaude à l’arrière de mon cou. Du coin de l’œil je vois ma mère qui fait un geste et la sensation s’apaise soudainement. Bizarre. Je me met au centre de ma chambre, fais un tour sur moi-même et essaye de me souvenir de ce que j’y faisais. Rien. Je me dirige vers l’armoire à vêtements. Toujours rien. Même les trucs mignons ne me rappellent rien. Il y a un ordinateur et un tas de livres dans la petite bibliothèque. Des trucs qui cause de magie, Thaumatologie 101, la petite sirène, guide de potions pour débutant et Percy Jackson le voleur de foudre. Je ne me rappelle pas avoir lu ces bouquins. Et pourtant, ils m’apparaissent utilisés. Je me tourne vers maman qui me regarde avec un petit quelque chose que je prends pour de l’espoir.

« Je… rien de tout ça ne me rappelle rien. » Dis-je.

Ma voix s’est cassée sans vraiment m’y attendre, maman s’agenouille devant moi et me serre fort dans ses bras. Nous restons un bon moment comme ça. Je ne sais pas ce qui me prends, mais des larmes coulent et je me mets à pleurer. Maman me caresse les cheveux.

« Tout ira bien, je… on va régler tout ça, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. »

Je me calme et lui fait un baiser sur la joue pour la remercier de son soutien. Elle est chaude et sent la fleur, je ne me suis jamais sentie aussi en sécurité. Mais je sens une hésitation, dans ce qu’elle me dit ou dans la façon dont elle agit.

« Je t’aime maman. » Lui dis-je.

Je la sens frissonner et se figer encore comme tout à l’heure. Elle me serre encore plus fort dans ses bras. Je devais être une peste qui ne devait pas le lui dire souvent si elle réagit de cette façon à chaque fois. Je me suis promis d’être une bonne fille à ce moment-là.